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22 septembre 2020

L’État « répond » à nos questions

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Après plus de 4 mois et demi d’attente, alors que l’État promettait que d’autres journalistes relaieraient mes questions en conférence de presse, ce qui n’a jamais – évidemment – eu lieu, celui-ci, via ses avocats, a répondu à certaines de celles-ci par courrier, le 4 septembre. Enfin, si on peut appeler cela « réponse », car cette dernière implique de tenir compte de la question, qu’on y soit favorable ou opposé. Logique toutefois, la langue de bois n’est pas une langue, mais une rhétorique. Il est d’ailleurs étonnant de constater la façon dont chaque « réponse » de l’État est presque systématiquement précédée de cet avertissement : « La question comprend des insinuations incorrectes qui ne correspondent pas à la réalité. Il en est fait abstraction pour apporter des éléments de réponse », alors que Wikipedia donne comme définition de « langue de bois », une expression « qui désigne un cliché rhétorique péjoratif, visant à disqualifier un discours adverse en affirmant que son argumentation est tissée de formules stéréotypées  ». N’est-ce pas clairement ce que cette formule qui sert d’introduction à leur réponse signifie ?

Vous trouverez ci-dessous le courrier complet de l’État, avec mes questions, précédées d’un tiret, et leurs « réponses », en gras.

– Lors d’une conférence de presse tenue début août, le décès tragique d’une fille de trois ans a été évoqué en l’attribuant au Covid. Son père a témoigné dans la presse, expliquant que le 16 juillet, sa fille « avait été placée en soins intensifs où l’infection au Covid-19 a ensuite été diagnostiquée. Les tests de dépistage se sont également révélés positifs pour les parents » : « “C’est le coronavirus qui l’a accompagnée, mais pas le coronavirus qui l’a tuée. Il ne faut pas effrayer le monde pour rien. C’est beaucoup de show tout ça”, regrette-t-il ». Ce type de communication qui a des effets politiques, à savoir le durcissement des mesures, mais aussi génère angoisse et inquiétude chez des parents et grands-parents, alors que la rentrée des classes approche, est selon nous la preuve d’un amateurisme, ou d’une volonté d’instiller la peur. Comment le gouvernement collecte-t-il ces informations relatives au Covid et les vérifie-t-il ?

La question comprend des insinuations incorrectes qui ne correspondent pas à la réalité. Il en est fait abstraction pour apporter des éléments de réponse.

Cette histoire, relayée dans la presse, a marqué de nombreux Belges, dont les représentants politiques. Dans de telles circonstances, les autorités ont présenté leurs condoléances.

Les décisions politiques sont prises sur base de rapports contenant à la fois des données sanitaires et des recommandations exprimées par les experts.

– Pouvez-vous nous parler des tractations du gouvernement avec les multinationales pharmaceutiques, notamment GSK ? Quel est l’état de votre collaboration actuelle avec cette dernière ? Sachant notamment que Pascal Lizin est à la fois Président de la Société fédérale de participations et d’investissement (SFPI) et directeur chez GSK comme principal responsable du lobbying. C’est également la SFP I qui a mis Vesalius Biocapital, où travaillait Philippe De Backer, dans ses « priorités stratégiques » (voir https://www.kairospresse.be/article/155505

La question comprend des insinuations incorrectes qui ne correspondent pas à la réalité. Il en est fait abstraction pour apporter des éléments de réponse.

Le gouvernement a des contacts avec le secteur pharmaceutique dans son ensemble, comme il en a avec tous les secteurs de notre tissu économique et social. Il n’entretient pas de relation privilégiée avec une entreprise, au détriment d’autres. Sur des dossiers importants comme l’élaboration d’un vaccin contre le Covid-19, l’Union européenne a mis en place une procédure de passation de marché centralisée qui ne permet pas aux États membres de mener distinctement leurs propres négociations, et ce, afin de garantir la solidarité entre les États membres.

Le procès d’intention qui est fait aux personnes citées dans la question doit être adressé aux principaux concernés.

– Depuis le début du coronavirus en Belgique, plus rien ne se dit et plus rien n’est fait par rapport au risque majeur et bien plus grand qu’une épidémie et qui concerne le changement climatique et les dangers majeurs pour l’humanité qui lui sont associés. Or, alors que le covid-19 aurait permis de repenser entièrement notre modèle de société, vous vous empressez en phase de « déconfinement », de soutenir financièrement Brussel Airlines, laquelle participe à la destruction de notre écosystème ; rien n’est fait pour juguler la pollution atmosphérique, dont l’automobile est largement responsable. Dans le monde, ce sont 7 millions de personnes qui meurent chaque année d’une mauvaise qualité de l’air ; en Belgique, ce sont plus de 10.000 personnes qui meurent prématurément à cause de la pollution de l’air. Comptez-vous pérenniser cette politique de croissance, qui nous a conduits où nous en sommes, et dont le Covid-19 est également la résultante ?

La question comprend des insinuations incorrectes qui ne correspondent pas à la réalité. Il en est fait abstraction pour apporter des éléments de réponse.

Il est erroné de prétendre qu’aucune action n’est entreprise au niveau de la lutte du réchauffement climatique depuis le début de la crise sanitaire. Le Green Deal a, par exemple, été au cœur des discussions européennes auxquelles la Belgique a participé activement, dans le cadre du MFF (Multi annual. Financial Framework)

La politique environnementale, dont l’amélioration de la qualité de l’air fait partie, est largement régionalisée en Belgique. Les différents ministres régionaux compétents pourront vous faire le bilan de leur action.

Lors des négociations avec Brussels Airlines, le gouvernement a fait savoir qu’il demandait «  des garanties (…) en vue d’une mise en œuvre correcte d’un business plan réaliste et tourné sur l’avenir pour Brussels Airlines, axé sur une croissance rentable, responsable du point de vue écologique et offrant des perspectives d’emploi.  »

– Pourriez-vous nous détailler les chiffres parmi les personnes testées positives : quelles sont celles qui sont asymptomatiques, celles qui nécessitent de se soigner, mais peuvent rester à la maison, et celles qui nécessitent une hospitalisation ?

Tout est disponible dans les rapports de Sciensano. Les porte-paroles interfédéraux ainsi que l’administration sont en mesure de fournir des informations complémentaires.

– Jamais en plus de 5 mois vous n’avez évoqué précisément le fait que la mortalité attribuée au Covid touchait en fait des personnes en état de comorbidité (obésité, diabète, troubles cardio-vasculaires) ou des personnes très âgées. Vous n’avez pas non plus tenu compte des remèdes éventuels et des pratiques qui pouvaient, à moindre prix, augmenter l’immunité. Alors que les conflits d’intérêts des groupes d’experts et de membres du gouvernement, que vous nommez sans honte « privacy », sont patents, nous pouvons légitimement nous demander ce qui dicte les choix du gouvernement : l’argent ou le bien commun. Au vu de vos décisions antérieures, notamment comme ministre du Budget, mais aussi comme membre d’un parti, le MR, qui a toujours œuvré en faveur des plus riches (cf. notamment les « intérêts notionnels » mis en place par Didier Reynders), vous reconnaîtrez que le doute est permis. Pouvez-vous nous assurer qu’aucun groupe privé ne tire profit du Covid-19 et des décisions qui sont prises par votre gouvernement ?

La question comprend des insinuations incorrectes qui ne correspondent pas à la réalité. Il en est fait abstraction pour apporter des éléments de réponse.

Ces données ont été publiées dans les rapports hebdomadaires qui figurent sur le site de Sciensano.

Le RAG (Risk Assement Group)ne remet pas d’avis de type thérapeutique, une telle mission est de la responsabilité de cliniciens. Un groupe de cliniciens s’est réuni et a émis un avis public sur les traitements COVID, avis basé sur une revue d’articles peer-reviewed, sur des évidences scientifiques et sur leur expérience clinique.

Aucune décision prise ne vise à favoriser le profit d’un particulier.

– Lors de la conférence de presse du 27 juillet, Elio Di Rupo, que j’ai interpellé, ne semblait pas être au courant qu’un seul homme soit derrière les mesures de traçage, un certain Frank Robben. Pourriez-vous nous en dire plus ?

La question comprend des insinuations incorrectes qui ne correspondent pas à la réalité. Il en est fait abstraction pour apporter des éléments de réponse.

Les mesures relatives au contact tracing ont fait l’objet d’un accord de coopération entre les entités fédérées et le fédéral. Cet accord a été discuté en Conférence Interministérielle Santé et en Comité de concertation. Par ailleurs, l’opérationnalité du Testing & Contact tracing est assurée par une Plateforme interfédérale testing and tracing qui comprend les représentants des entités fédérées et de l’état fédéral, présidée par Karine Moykens.

– Les professionnels de la santé mentale indiquent que de nombreuses personnes les consultent pour des troubles liés à la situation présente, dont la dépression, la perte de sens, les idées suicidaires font largement partie. Mettez-vous en balance les dégâts collatéraux de vos mesures avec leurs bénéfices quand vous les décidez, dans une sorte de calcul coût/bénéfice pour la population ? Avez-vous des chiffres des effets sociaux/individuels de vos décisions ?

La santé mentale est une compétence partagée entre les différents niveaux de pouvoir.

Dès mars 2020, la Conférence interministérielle Santé a abordé ce point. La corrélation entre les mesures de confinement et  la santé mentale a aussi été discutée dans le GT Santé mentale du GEES durant les mois avril / mai / juin.

Au fédéral, certaines mesures ont été prises comme la mise en place des vidéoconsultations, l’élargissement du public cible au remboursement psychologique ou encore le renforcement de l’accompagnement dans les hôpitaux. Les premiers chiffres de l’INAMI concernant la vidéoconsultation, par exemple, indiquent qu’il n’ y a pas un pic fortement marqué.  

– Pensez-vous qu’il soit possible d’éviter totalement les contaminations au covid-19 ? Dans ce domaine, le risque zéro n’existe pas, pourtant on a l’impression que c’est ce que vous voulez tendre à faire croire. Quid de l’immunité collective, qui sera essentielle selon certains virologues pour réduire les contaminations si un retour du virus a lieu de façon saisonnière, immunité collective dont vous ne prenez nullement compte ?

La question comprend des insinuations incorrectes qui ne correspondent pas à la réalité. Il en est fait abstraction pour apporter des éléments de réponse.

L’objectif a toujours été le contrôle de l’épidémie, ce qui est différent de l’objectif «  zéro contamination  ».

– La Suède qui a pris des mesures tout à fait différentes de celles de la Belgique, refusant le confinement généralisé, et montre des résultats qui ne sont pas alarmants, alors que certains leur promettaient des dizaines de milliers de morts. Quelles conséquences en tirez-vous ?

La question comprend des insinuations incorrectes qui ne correspondent pas à la réalité. Il en est fait abstraction pour apporter des éléments de réponse.

Si l’approche de la Suède est différente d’une grande partie des autres États européens, des mesures similaires à celles instaurées en Europe (fermeture des établissements scolaires, limitation des rassemblements, restrictions de voyage, etc.) ont été prises, parfois bien plus tard. Le pays décompte par ailleurs un nombre de victimes beaucoup plus importants que ses pays voisins dont les caractéristiques (densité, etc.) sont assez semblables. La stratégie suédoise est sujette à débat. Il est trop tôt pour tirer un bilan alors que l’épidémie n’est pas terminée.

– Comment expliquez-vous qu’au moment le plus crucial de l’épidémie, un seul laboratoire a été désigné pour tout le territoire ? Cela a totalement déterminé le nombre de tests et les critères pour les réaliser.

La question comprend des insinuations incorrectes qui ne correspondent pas à la réalité. Il en est fait abstraction pour apporter des éléments de réponse.

Lors de la première vague, les experts scientifiques ont clairement insisté sur l’indispensable nécessité pour réussir la stratégie de déconfinement de l’associer à une politique de testing. Cette politique de testing a tenu compte de la pénurie mondiale de réactifs qui frappait les labos cliniques, ne leur permettant pas plus de 7000 tests journaliers. Grâce à un protocole de l’Université de Namur, une alternative de testing moins consommatrice de réactifs a finalement pu être mise sur pied. Une plateforme nationale permettant d’accroitre les capacités grâce à une mise en commun du matériel a été aussi mise en place.

Le Cabinet du Ministre De Backer peut fournir d’avantage d’information.

– Pouvez-vous nous confirmer à cette date, alors que vous durcissez les mesures, notamment à Bruxelles avec l’imposition du masque dans tous les lieux publics, que le taux de létalité du au Covid ne fait que diminuer ?

La question comprend des insinuations incorrectes qui ne correspondent pas à la réalité. Il en est fait abstraction pour apporter des éléments de réponse.

Le Conseil National de Sécurité n’a jamais imposé le port du masque dans l’ensemble de l’espace public.

Le port du masque obligatoire dans l’espace public à Bruxelles est une décision du gouvernement régional bruxellois auquel il convient donc de s’adresser.

– Il n’y a aucune base scientifique à imposer le port du masque partout. Sur quels critères vous appuyez-vous dès lors ?

La question comprend des insinuations incorrectes qui ne correspondent pas à la réalité. Il en est fait abstraction pour apporter des éléments de réponse.

Le rôle joué par les asymptomatiques dans la contamination au virus Covid 19 est prouvé scientifiquement. Par définition, ces asymptomatiques ne peuvent pas être identifiés. Le port du masque permet donc de limiter la contamination par ceux-ci. Il permet également de réduire le risque de contamination.

La littérature scientifique et les rapports d’institutions comme l’OMS démontrent très largement l’intérêt de porter un masque.

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