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30 avril 2020

Les chiens mordent. Épisode 1 : Le rédacteur en chef de La Libre

Le journalisme libre coûte cher.

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Habitués à lécher les bottes des hommes de pouvoir, les journalistes aux ordres(1), laquais de la finance et du patronat, détestent quand on brise le faux consensus qui fonde leur apparence de légitimité, et qu’on dévoile ceux qui ne servent à rien d’autre qu’à assurer la continuité de l’ordre établi.

Ainsi de Dorian de Meeûs, rédacteur en chef de La Libre Belgique, qui se sentant attaqué en vient à défendre l’indéfendable, et donc à ressortir les poncifs habituels  :

  • «  Le journalisme c’est poser les bonnes questions  ». Pourtant mon cher Dorian, on ne les entend pas souvent les bonnes questions, et ce n’est pas La Libre qui envoie ses journalistes les poser dans les conférences de presse. Enfin, nous ne vous parlerons pas ici de vos patrons, La famille Le Hodey, qui détient le Groupe IPM qui édite La Libre, ni de leur fortune, ce serait peut-être comme…  :
  • … «  faire du militantisme, en accusant les collaborateurs ministériels pour leur passé professionnel, c’est honteux  »… Outre que ce soit pour certains aussi leur «  présent  », votre façon de penser en dit long sur la manière dont vous envisagez le bien commun, et donc aussi l’information  : un produit, comme La Libre qui pour vous comme vos patrons, est une «  marque  »(2). Vous êtes même incapable de penser la notion de conflit d’intérêt, tant ceux du privé et du public ne sont pour vous aucunement opposés, imbriqués les uns dans les autres vous ne percevez aucunement la logique incestueuse qui habite ce mélange. «  Les bourgeois, c’est comme les cochons…  », disait Brel, sauf que la putasserie n’attend pas toujours le nombre des années.
  • Il est toujours bon de (re-)définir les mots. Honteux. déf.  : «  Qui éprouve de la honte  ». Honte  ; déf.  : «  Sentiment de culpabilité, d’humiliation éprouvé à la suite d’une action ou d’une attitude répréhensible, malhonnête, etc.  » Il semble en effet, cher Dorian de Meeûs, que vous pratiquez une projection sur un autre, moi en l’occurence, de ce qui constitue une honte propre à vos comportements  : vous êtes «  honteux  », c’est-à-dire porteur d’une attitude répréhensible et malhonnête visant constamment et avec rigueur à faire croire aux citoyens que vous les informez de façon désintéressée. Nous leur laisserons le soin de juger de cela eux-mêmes.
  • … pourtant, leur dites-vous que IPM, groupe qui édite La Libre, a également des participations dans  : Traxxeo, le spécialiste de l’internet des objets dans le secteur BTP, gérant des ressources via des nouvelles technologies qui collectent des données et contrôlent à distance l’activité des ouvriers, les machines, les véhicules, les équipements  ? Eiffage, entreprise qui œuvre dans la construction, les infrastructures, l’énergie et les concessions, qui est notamment impliquée dans le LGV Bretagne-Pays de la Loire, le prolongement de la ligne 14 du métro parisien, la fondation Luma à Arles  ?

Évidemment, les thuriféraires du cloisonnement temporel entre les tranches de vie (privé-public), nous diront toujours que ceux qui ont travaillé pour, par exemple, déployer la 5G et l’internet des objets, peuvent être ultérieurement de bons Ministres au service du bien commun… et pas de la 5G (même s’ils ne diront jamais, habitués aux circonvolutions, qu’ils sont «  contre  »). Ils pourraient passer de KPN au cabinet de Philippe de Backer, Ministre de «  l’agenda numérique  » (sic), sans aucunement se souvenir de leurs premiers amours. Coupure radicale, hermétisme à toute épreuve.

  • Alors, IPM a encore des participations dans Curador (25  %)  : pharmacie belge en ligne. Tiens, la pharmacie… conflit d’intérêts quand il s’agit d’informer les Belges sur le Covid-19, les vaccins, le «  déconfinement  »… Non, ce serait du complotisme, n’est-ce pas  ?
  • Outre Traxxeo et Eiffage, IPM c’est aussi Veolia, Engie-Electrabel, Besix. Besix, kesako  ? «  Construction, promotion immobilière et concessions. BESIX Contracting est spécialisée dans la réalisation d’ouvrages de construction, infrastructurels et maritimes qui se distinguent souvent par leur complexité    ». On y est  ?…
  • … pas encore  : il y a aussi BAM, marché belge de la construction regroupant de nombreuses sociétés belges et luxembourgeoises  ; CFE, coté sur Euronext Brussels, est un groupe industriel belge, actif dans les secteurs du Dragage, la construction maritime et environnement, le Contracting et la Promotion immobilière. Le groupe est présent dans le monde entier  ; …
  • …. et La Libre  ! Entre l’internet des objets, la construction, le dragage, c’est pas mal de posséder un média (enfin plusieurs, parce qu’il y a encore la DH/Les Sports, DH Radio, Paris Match Belgique, 13   % de participation dans l’agence Belga…). Enfin, ça rapporte pas comme le reste, mais ça permet de contrôler les esprits, et ça c’est important quand on veut éviter la révolte et continuer à engranger. Quantième fortune vos patrons Dorian  ? 410ème fortune belge (35.841.000€), lors de mes dernières recherches. Vous parlez de «  honte  » Monsieur de Meeûs  ? D’autres jugeront de quel côté elle se trouve.
  • … rappelons que la plus grande honte est, certes, celle qu’on évite. Vous le savez bien, non, avec «  l’affaire Financité  », censure médiatique qui a fait l’objet d’un communiqué de presse, le plus lu dans les rédactions de toute l’histoire du périodique que vous encartiez dans La Libre depuis 12 ans… et le moins partagé. Donc le plus tu. Le scandale Financité, c’est quoi  ?

Le scandale «  Financité  », ou la censure qui ne doit pas se savoir

La Libre, peu intrusive au demeurant sur les productions écrites de Financité, trimestriel encarté dans le quotidien depuis 12 ans, fera «  volte-face  » dès lors que le magazine commencera à titiller les racines des problèmes, parler d’inégalité, et évoquer non plus les pauvres (ce que les riches adorent), mais les riches eux-mêmes (ce que les riches détestent).

«  On ne peut pas accepter, notamment dans le courrier des lecteurs où on parle des inégalités, quelqu’un qui se dit écœuré de voir l’écart entre les revenus des patrons et ceux des travailleurs  » 

Message de la rédaction de La Libre à la rédaction de Financité

Et vous, Dorian de Meeûs, vous allez me parler de conflits d’intérêts qui seraient des espèces de lubies d’un journaliste «  indigne d’avoir la carte de presse  »  ? Oser dénoncer un personnage dont l’institution participe au financement des armes nucléaires, mais «   malheureusement   », fait aussi partie du Conseil d’administration du journal, tout cela dépasse en effet l’entendement… actionnarial. Le reste est à l’avenant.

Alors, « Tous suspects ? Tous corrompus » ? Suspect, Déf. : « Qui éveille les soupçons ». Corrompu, Déf. : « Bas, mauvais, vil, ripoux, vénal, vendu… ». À la lecture des définitions des termes dont vous usez, je préciserais que malheureusement tous ne sont pas suspects, au contraire, la plupart jouissant encore de l’image de serviteurs du bien public, mais que tous, ou presque, sont corrompus. Mais tout cela est-il étonnant, quand on sait que Pierre Rion, qui a rejoint le conseil d’administration de IMP Group en 2015, « Serial entrepreneur » wallon, disait : « Un bon citoyen doit être une pompe à argent qui fait tourner l’économie  »(3).

Et enfin, arrêtez donc de parler «  des Belges  ». Parlez plutôt d’un type de Belges, ces hères qui pourraient tout aussi bien être Français, Suisses, ou Allemands… ces apatrides, SDF de profession(4), sans difficultés financières et sans domicile fixe, dont la richesse est directement responsable de la misère, friands des dividendes actionnariales et des actions caritatives, piochant d’une main pour distribuer médiatiquement quelques miettes d’un butin qu’ils ont volé au peuple.

Alors, certes, Monsieur de Meeûs, une chose est au moins vraie dans votre bafouille  : «  on ne fait pas le même métier  ». Et j’ajouterais  : on ne vit pas dans le même monde.

  1. Nous avons bien dit « aux ordres », ne nous faites donc pas dire ce que nous n’avons pas dit, à savoir qu’ils seraient tous « pourris » : il y a chez les journalistes des pigistes, des précaires, des êtres de convictions, …, qui souffrent du musellement qui est la règle dans les rédactions. Ils sont nombreux, et nous les invitons à ne plus courber l’échine.
  2. https://www.ipmgroup.be/marques/
  3. L’Echo, 15 janvier 2017.https://www.lecho.be/monargent/dossier/questionsdargent2017/Pierre-Rion-Un-bon-citoyen-doit-etre-une-pompe-a-argent-qui-fait-tourner-l-economie/9851559. Voir Le système « Libre » cadenassé, https://www.kairospresse.be/article/le-systeme-libre-cadenasse
  4. Voir https://www.kairospresse.be/article/flagrant-delit-de-censure-a-la-libre/
  5. Comme j'évoquais dans un précédent article: « Le terme SDF est propre à la novlangue, la langue du pouvoir, la femme ou l’homme (ou l’enfant) dormant dans la rue n’étant pas Sans Domicile Fixe, mais sans domicile tout court. Les SDF, ce sont ces capitalistes déracinés toujours entre deux avions, dormant une nuit à New York, une nuit à Dubaï, dans des domiciles jamais fixes ». Voir « Lettre ouverte aux grévistes pour le climat et autres manifestants: ce sera radical, ou "rien" n'aura lieu »

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