chronique/
17 février 2016

DÉTRITUS DIVERS

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On s’en souviendra de cette année. Elle laisse derrière elle un beau paquet de petits, moyens et gros désastres de toutes natures. Et les augures, pour ce qui est de celle qui commence, ne sont guère réjouissants. Et, tout bien considéré, il est absolument vain et ridicule de parler de passage de ceci à cela ou d’une année à l’autre, de quelques moments difficiles à passer à d’autres qui ne pourraient être qu’un peu moins pénibles. Bien sûr, toutes et tous, aux douze coups de minuit, nous avons eu à cœur de souhaiter à nos proches, à nos amis, une belle et formidable année, remplie de bonheur et de prospérité ; cela fait partie de la tradition et il serait bien sot de la railler. Mais, pour pas mal d’entre nous, ces vœux étaient teintés d’un peu de tristesse mêlée de craintes diffuses. C’est que le passage à l’an neuf ne risque pas de changer grand-chose à la réalité ambiante et à la situation parfois catastrophique dans laquelle se trouvent de plus en plus de gens autour de nous. Quant au reste et plus généralement, on ne pourra manquer d’observer à quel point les événements, tout au long de l’année dernière et un peu partout dans le monde, ont frappé les esprits et les consciences. 

Que ce soit la guerre menée contre les fous furieux qui, au Proche et Moyen-Orient, égorgent, mutilent, violent et dont il est bien évident qu’on ne viendra jamais à bout par les moyens actuellement mis en œuvre ; le massacre imbécile des dessinateurs et journalistes de Charlie-Hebdo et les attentats meurtriers de novembre dernier à Paris, tout cela et bien d’autres drames encore nous auront marqués durablement. Car il y a eu, il y a et il y aura encore le douloureux problème de ces milliers de réfugiés ballottés d’un coin à l’autre du vieux continent, accueillis puis rejetés et abandonnés de tous et de toute assistance. Il y a, enfin, encore et toujours le mépris des puissants pour la lie de la terre, pour les miséreux par millions au sein de la grande puissance américaine, pour les millions de chômeurs, ici, en France et partout en Europe. Et puis, encore, il y a le terrible et inquiétant virage à droite toute d’une partie de l’opinion déboussolée, manipulée par les discours nauséabonds de certains responsables politiques et par l’infecte propagande distillée insidieusement par des médias aux ordres de leurs actionnaires. On voit les conséquences de ce matraquage permanent dans les procès faits aux musulmans accueillis chez nous de longue date, que l’on somme de prendre position devant les crimes perpétrés par les tenants de la religion qui leur est commune, mais dévoyée et devenue arme de guerre à l’encontre des mécréants ; on assiste aux manifestations de haine de foules fascisantes en Allemagne et, en partie, chez nos voisins du Nord ; des mosquées, en France, sont profanées et incendiées, d’innocents citoyens, sur leur mine ou l’appartenance supposée à telle ou telle confession, injuriés et agressés. 

On a vu, chez nos voisins de France, après l’émotion provoquée par les derniers attentats de Paris, l’ensemble de la classe politique, à de rares exceptions près, applaudir à l’annonce par le président Hollande de l’instauration d’un état d’urgence qui a donné lieu à des centaines d’interventions policières dans tous les milieux vaguement suspectés de connivences avec celui du terrorisme. De braves agriculteurs bio, de paisibles citoyens, des gens d’associations et des groupes de toutes sortes arrêtés, mis en garde à vue ou assignés à résidence pour les plus absurdes raisons, qui n’avaient strictement rien à voir avec la lutte antiterroriste. Ici, sur le même motif et après de vagues alertes d’attentats imminents, le gouvernement fédéral a mis en place des dispositifs censés protéger une population dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’a, à aucun moment, donné l’impression de vivre sous un climat de terreur. On a eu beau fermer les écoles et des stations de métro, paralyser la capitale pendant plusieurs jours, faire descendre l’armée dans les rues et multiplier les effets d’annonce, rien n’y a fait : les terroristes – terrorisés, peut-être, par tant de détermination n’ont pas un seul instant semé la terreur, ni véritablement donné l’impression de le vouloir. A l’heure où ces lignes sont écrites, les braves ploucs, soutenus par des policiers armés des mêmes mitraillettes, sont toujours de faction un peu partout, les gens discutent le bout de gras avec eux, le calme règne. On s’en réjouira, bien évidemment ; tout en se posant la question de savoir si réellement la menace valait que soient prises de telles dispositions et combien de temps encore elles seront d’application. Au reste et pour en remettre une petite couche, on aura aussi eu le loisir d’assister aux lamentables et cocasses hommages aux victimes des attentats de Paris, en ce compris celui qui a décimé les rangs des camarades de « Charlie », hommages au cours desquels se sont accumulés les cafouillages, discours compassés et larmes de crocodile versées par une élite en mal de reconnaissance. On n’oubliera pas l’image du Président, le Premier ministre et les membres de son gouvernement en rang d’oignons place de la République, désertée par le bon peuple qui avait, on peut le supposer, d’autres préoccupations. Qu’il partage avec d’autres, confrontés, eux aussi à des problèmes et à des défis de toutes natures dont ils n’ont pas la maîtrise. 

Mais la liste est longue de ce gâchis, qui est universel ; on n’en finirait pas de le détailler et ce serait en vain. Force est seulement de devoir constater et déplorer à quel point de délitement de tout nous en sommes arrivés par la faute de l’inconscience des élites ou prétendues telles et par celle de ceux-là – ces fameux 1 % – qui, quoi que nous puissions leur opposer, continuent de rendre ce monde de plus en plus inhabitable et inhumain. Les événements des premières semaines de cette nouvelle année n’augurent pas que le monde soit prêt à changer de base et, comme on sait, les miracles n’existent pas. 

Jean-Pierre L. Collignon 

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