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7 octobre 2020

Bas les masques dans l’espace public ?

Crédit photo: L'Avenir Verviers

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Quand la folie s’empare de nos vies

«  Car les bribes d’information que l’on offre à ces familiers de la tyrannie mensongère sont normalement infectées de mensonge, incontrôlables, manipulées. Elles font plaisir pourtant à ceux qui y accèdent, car ils se sentent supérieurs à tous ceux qui ne savent rien. Elles ne valent du reste que pour faire mieux approuver la domination, et jamais pour la comprendre effectivement. Elles constituent le privilège des spectateurs de première classe  : ceux qui ont la sottise de croire qu’ils peuvent comprendre quelque chose, non en se servant de ce qu’on leur cache, mais en croyant ce qu’on leur révèle.  »

Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle

Depuis jeudi, minuit une, il vous est loisible de ne plus porter de masque à l’extérieur, cette règle variant au gré des régions, des villes, des communes(1). Quelles seront les réactions de ceux qui, pour la plupart, ont souscrit aux injonctions gouvernementales ? Cette question nécessite de connaître préalablement les raisons de l’obéissance. On peut se risquer à une classification des réactions face à l’obligation de port du masque – sans que chacune soit mutuellement exclusive  :

Le sujet de l’État  : passé par les bancs de l’école, les sièges de l’entreprise, les contrôles de police, ces mains des maîtres, il réagit aux ordres sans aucune autre considération que d’obéir. Chien de Pavloff de nos sociétés, s’il a des considérations morales, celles-ci sont secondaires face aux injonctions venues d’en haut. Il y a chez certains un plaisir de la position soumise, une facilité dans le fait de ne devoir ni décider ni penser. Ceux-ci admirent l’assujettissement, croyant par l’obéissance se rapprocher un peu du monde des puissants  : comme si le fait d’être «  en bas  » et d’accepter la hiérarchie les approchait un peu du haut, ce monde des «  décideurs  » dont ils ne font pas partie. Ils sont les spécialistes de l’excès de zèle, ultra-conformistes qui élargiront de leur propre initiative les zones d’interdiction en portant le masque même là où on ne les y a pas obligés. Les écrits sur le totalitarisme en ont fait la description, car leur penchant pour la soumission en fait des alliés indéfectibles d’un ordre arbitraire. Ces sujets de l’État pousseront l’obéissance jusqu’à vérifier que les autres se soumettent, à l’instar de celui qui vous apostrophera dans les transports en commun pour vous dire que vous portez «  mal  » le masque, sous le nez, et que c’est interdit. Ceux-ci se justifieront en vous expliquant que c’est dans un souci altruiste qu’ils agissent, mais c’est surtout pour eux-mêmes qu’ils se font les relais zélés de la police. Délateurs et petites mains du pouvoir armé, ils sont ceux qui dans un groupe dont les membres auraient dû rester solidaires, dénoncent un coupable pour s’en tirer à bon compte.

Les conformistes  : si la catégorie précédente s’y assimile évidemment, il existe une grande différence entre les deux  : là où les premiers obéissent d’abord par une forme de résonance personnelle aux ordres qui, d’extérieur, en deviennent auto-injonctions – comme ces individus qui, seuls en rue et en pleine nuit, arborent le masque –, les seconds obéissent par mimétisme  : ils font parce que les autres font. Propre à une société qui avec ses écoles et ses universités nous a d’abord appris à penser comme les autres, ces sujets ne réfléchissent plus par eux-mêmes, mais ont d’abord besoin de voir ce que l’autre fait pour savoir ce qu’ils peuvent penser. En somme, ils ne pensent plus. Boucle sans fin, le processus assure, dans un monde où la médiatisation de l’information est entre les mains des dominants, l’uniformisation idéologique.

Les angoissés  : matraqués comme les autres par des actualisations heure par heure des «  cas-covid  », ils suivent l’évolution de la situation sanitaire comme le trader les cours de la bourse ; incapable de se raisonner, tant la perspective angoissante de la mort a pris le contrôle sur leur capacité de penser. Si vous chutez devant eux en rue, même si leur conscience leur dit de vous porter secours, ils s’écarteront de votre route, guidés par la seule angoisse de la mort sur laquelle ils n’ont aucune prise. Le fait, pourtant inéluctable, de la mort, a pris plus d’importance du sens de ce qui la précède, à savoir la vie. Incapables de saisir toute la praxis qu’il y a dans les propos d’André Comte Sponville, qui disait  : «  J’aime mieux attraper le Covid-19 dans un pays libre qu’y échapper dans un État totalitaire  », et que “ne pas attraper le Covid-19 n’est pas un but suffisant dans l’existence, ils trouvent toutes les raisons possibles de se protéger des autres. Déjà morts de vivre, ils préféreront périr seuls et sans risque, que de jouir et refuser ce monde dans lequel leur petite personne a pris une importance bien trop grande. Comme les autres, ils accompagnent le naufrage.

L’homme n’est désormais plus un loup pour l’homme, il est un potentiel malade du Covid-19. Et c’est pire.

Les hérétiques  : ils sont l’engeance, surtout des premiers, mais aussi des troisièmes, qui s’en écartent comme de la peste. Certains veulent briser le spectacle, comme ce lecteur de Kairos (courrier des lecteurs du Kairos de septembre/octobre 2020) qui s’est baladé dans le marché de Verviers avec une pancarte affichant «  M’enfin, jusqu’où allez-vous vous soumettre  ?  ». Ils sont ce qui reste encore pour nous ramener à la surface, une brindille dans l’œil qu’on frotte pour se dire que tout cela n’était qu’un mauvais rêve(2). Objecteurs de conscience de la société masquée, ils sont ces Natascha McElhone du film Truman Show, qui souffle à Jim Carrey que toute sa vie n’est que spectacle, là où ceux qui l’entourent jouent un rôle et obéissent au metteur en scène. Mais leur conscience ne s’est le plus souvent pas éveillée avec le Covid, comme si tout allait bien précédemment, sachant pertinemment ou pressentant que les choses ne tournaient pas rond avant et que le Covid n’en est que la continuité logique(3).

À quand la fin  ?

Il y a de grandes probabilités que les angoissés continuent à porter le masque, là où les sujets de l’État obéiront sans rechigner à l’ordre arbitraire et absurde de porter le masque dans les espaces extérieurs, sans que les contradictions des injonctions gouvernementales ne les saisissent aucunement. En fonction de la proportion de chacun de ces deux groupes, les conformistes obéiront, ou pas. Qu’adviendra-t-il ds hérétiques  ? Les camps de redressement sont-ils déjà prêts pour eux  ?

Toujours est-il que cette division humaine face au port du masque et à l’ensemble de mesures qui concourent à tuer ce qu’il nous reste d’humanité, génère des dissensions au sein des groupes qui auraient dû rester unis, notamment et surtout ceux qui luttent pour renverser ce système mortifère. L’homme n’est désormais plus un loup pour l’homme, il est un potentiel malade du Covid-19. Et c’est pire.

Dans tous les cas, la question essentielle doit se poser  : jusqu’à quand subirons-nous l’imposition du voile buccal et des autres mesures  ? Quand déciderons-nous que la vie n’est plus possible ainsi  ? Que tout doit changer.

  1. Le masque reste obligatoire dans les lieux à forte fréquentation, nous disent « les autorités ».
  2. Devant la menace de la sanction pécuniaire, même les hérétiques se doivent parfois d’obéir, ce qui paradoxalement renforce l’effet conformiste.
  3. Si toutefois leur conscience s’est éclairée avec l’épisode sanitaire actuel, c’est pour mieux se diffuser sur tous les autres domaines de la vie, comprendre comment tous ses pans étaient déterminés par un même système productiviste destructeur.

Donec tristique ut facilisis mi, venenatis,