ENTRETIEN AVEC RUUD KOOPMANS

Professeur de sociologie et de recherche sur les migrations à l’université Humboldt de Berlin, directeur du département Migration, intégration, transnationalisation au Centre allemand d’étude des migrations et de l’intégration, Ruud Koopmans a aussi réalisé des publications centrées sur l’analyse critique des mouvements d’extrême droite. Ce chercheur propose des alternatives à la politique d’asile actuelle de l’UE qui, selon ses analyses, coûte plus de vies qu’elle en sauve, tout en ignorant les limites des pays européens.
Pourriez-vous résumer dans ses grandes lignes l’alternative que vous proposez, en matière de politique d’accueil ?
Ma proposition part notamment de ce constat : les personnes qui entament une migration, aujourd’hui, sont en général de jeunes hommes en bonne santé, souvent issus de familles qui, toutes proportions gardées, sont relativement aisées, sans quoi ils ne pourraient pas se permettre de payer les passeurs. Et ces personnes viennent même souvent de régions qui ne comptent pas parmi les plus pauvres. Si l’on prend l’exemple spécialement tragique du Soudan, actuellement, combien de personnes de ce pays parviendront à demander l’asile en Belgique ? Eh bien, presque aucune. Car les Soudanais sont bien trop pauvres et trop isolés, y compris d’un point de vue géographique. Les personnes qui arrivent chez nous sont par exemple des Syriens et des Afghans qui étaient déjà en sécurité en Turquie, mais préféreraient vivre en Belgique. C’est compréhensible, bien sûr, mais ce n’est pas le sens du droit d’asile ; celui-ci vise à accueillir les personnes dont la sécurité est menacée, et celles-ci se trouvent par exemple au Soudan, au Yémen, au Myanmar, etc. Il s’agit des familles avec des enfants en bas âge, des personnes âgées, des malades, des blessés, etc. De plus, même parmi les personnes qui sont capables de prendre les risques et d’assumer les coûts du voyage, beaucoup n’y survivent pas. Selon l’ONU, depuis 2014, plus de 25.000 migrants sont morts ou portés disparus en Méditerranée, et l’on estime que le nombre de victimes lors de la traversée du Sahara pourrait être deux fois plus élevé.
Une des idées centrales que je défends est de coopérer avec des pays tiers sûrs, dans le cadre d’un système de quotas. Ces pays tiers seraient les plus proches possibles des zones où se trouvent les personnes en détresse, zone où l’on peut même aller chercher les personnes directement, en coopération avec le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR). Ces pays coopérateurs recevraient en échange différents avantages, qui leur donneraient à la fois les moyens et la motivation de recevoir les personnes concernées, dans des centres d’accueil. Les demandes d’asile seraient alors traitées là et non plus en Europe. Et si le statut de réfugié est reconnu, les personnes seraient alors conduites, en toute sécurité et par contingents, jusqu’à d’autres pays sûrs. Et cette répartition des réfugiés entre pays d’accueil aurait lieu sur base de quotas, comme évoqué. Différents pays sont envisagés, en tant que pays tiers. Les Pays-Bas pensent à l’Ouganda, par exemple. L’Italie pense à l’Albanie. On peut aussi penser au Sénégal, au Ghana, à la Géorgie…
Cette manière de faire aurait le grand avantage de mettre fin aux tentatives des migrants de se rendre directement en Europe, tentatives responsables des nombreuses victimes évoquées. Et en même temps, le trafic criminel des passeurs cesserait, les migrants n’auraient plus à se ruiner en payant ces gens. En outre, ce moyen de procéder a aussi l’avantage, pour les pays d’accueil cette fois, de pouvoir procéder à des contrôles de sécurité, du fait qu’on a alors la maîtrise de la situation. C’est exactement ce que font des pays comme l’Australie et le Canada, qui accueillent un nombre assez important de réfugiés, plus que la moyenne des pays de l’UE. Ce ne sont donc pas des pays hostiles aux réfugiés, mais ils procèdent via des contingents et mènent des contrôles de sécurité approfondis. Et si quelqu’un a, par exemple, des liens avec un quelconque groupe terroriste, alors il n’est pas admis. Pour revenir aux besoins des réfugiés, cette façon de faire aurait donc aussi le grand avantage de rassurer les pays d’accueil et de prévenir ainsi leurs possibles réticences à accueillir.
Comparativement à cela, aujourd’hui, en Europe, tout le monde peut entrer, de facto (puisque toute personne qui parvient à atteindre une frontière européenne peut demander le droit d’asile). Et parmi ces gens qui entrent, il s’en trouve un certain nombre qui présentent un danger. Par exemple, des gens qui ont commis des crimes de guerre ou qui sont liés à des groupes extrémistes, etc. Parce que nous n’avons pas la possibilité de dire non à la frontière, du fait que toute personne qui demande l’asile doit être admise. Et une fois les gens entrés, il n’est le plus souvent plus possible de faire marche arrière, du fait de difficultés à déterminer le pays d’origine, du fait du refus par celui-ci d’un retour de la personne concernée, etc. Mais avec le mode de gestion que je propose, les personnes sauraient que, si elles se rendent dans un pays non prévu pour le traitement des demandes d’asile, elles seraient renvoyées vers le pays tiers concerné.
Bien sûr, étant donné les difficultés des pays du Sud, beaucoup de migrants peuvent aussi être considérés comme des réfugiés économiques, ou encore écologiques. Qu’en pensez-vous ?
Oui, beaucoup de personnes souhaitent émigrer pour des raisons économiques notamment. Mais cela doit être réglé en dehors du droit des réfugiés, dont les critères principaux sont les conflits politiques et les guerres. Cependant, le modèle que je propose, avec ces accords avec des pays tiers, peut aussi être favorable aux migrants économiques. Cet aspect des choses peut en effet se relier aux avantages proposés aux pays tiers pour les motiver. Imaginons une coopération entre la Belgique et l’Ouganda : la première a besoin de personnel dans le secteur de la santé, le second ne parvient pas à offrir du travail à toute sa population, y compris à de nombreux jeunes diplômés. Ainsi, la Belgique pourrait offrir aux Ougandais qualifiés dans le domaine de la santé un accès privilégié au marché du travail belge, chaque année, pour une migration professionnelle. Et en échange, l’Ouganda pourrait établir la coopération évoquée, en tant que pays tiers. Les personnes se présentant à la frontière belge pourraient être amenées en Ouganda, où leur demande d’asile serait traitée. Comme expliqué, une telle coopération supprimerait la tentation de se rendre directement en Belgique, tentation responsable de tant de morts en chemin. Et en même temps, cela aiderait la Belgique à éviter la migration irrégulière. Bref, tout le monde y gagnerait.
Concernant la dimension écologique, elle n’est pas actuellement incluse dans le droit des réfugiés, mais elle pourrait l’être par la suite. Par exemple, on pourrait développer un statut de réfugié climatique. Mais cela soulève alors le même problème que celui discuté tout à l’heure. Prenons les îles du Pacifique, dont certaines sont vraiment menacées de disparition, si le niveau des mers monte. Mais comment imaginer que quelqu’un fuyant Samoa, par exemple, puisse atteindre la Belgique ? Cela devrait à nouveau se faire par le biais de passeurs et le chemin à parcourir serait extrêmement long. Là aussi, un système de quotas serait beaucoup plus approprié, dans la logique que j’ai esquissée. Cela a d’ailleurs été le choix de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, là aussi. Elles ont conclu des accords avec différents États du Pacifique, concernant l’accueil d’habitants de ces pays qui étaient menacés par l’érosion côtière. C’est donc possible.
Et tout cela vaut pour de nombreuses situations, dès qu’elles impliquent des dangers vitaux. Par exemple, une famine liée à des causes écologiques (ou à toute autre cause) est bien sûr une raison légitime de fuir. Donc, le statut de réfugié pourrait être légitimement demandé, dans un tel cas.
Pour revenir à l’idée qu’il faudrait peut-être parler de réfugiés économiques, notamment : dans votre dernier livre (De Asielloterij1) vous mentionnez une importante étude2, selon laquelle de très larges proportions des populations des pays africains ont l’intention de migrer vers l’Europe. Il s’agit dans de nombreux pays de 3/4 des habitants, et même dans des pays relativement favorisés, comme le Sénégal par exemple, 50% des habitants ont une telle intention, suivant l’étude. Ce qui signifierait que, à l’échelle du continent, des centaines et des centaines de millions de personnes auraient cette intention. Cela remet-il en question l’idée que les gens voudraient à priori pouvoir continuer à vivre là où ils sont nés, si c’est dans des conditions à peu près favorables ? Ou est-ce plutôt un signe que la situation de l’Afrique est toujours particulièrement critique, globalement ? Et donc que l’idée de réfugié économique, notamment, devrait être bien plus prise en compte ?
C’est un peu les deux. Une cause centrale de ces intentions de rejoindre l’Europe est que la différence de prospérité est si grande. Entre l’Amérique latine et les États-Unis, par exemple, le fossé économique est moins important qu’entre l’Europe et l’Afrique. À cela s’ajoutent les liens existants, le fait que beaucoup d’Africains ont déjà de la famille en Europe, ou parlent des langues européennes, notamment le français, suite au passé colonial. Et il y a en particulier le fait qu’aucun autre continent ne connaît une croissance démographique aussi rapide que l’Afrique. Ce qui signifie que la population y est extrêmement jeune. Et les économies y étant relativement faibles, par rapport aux besoins de leurs grandes populations, il y a très souvent un fort sous-emploi. Beaucoup de gens travaillent dans la rue, essaient d’y vendre quelque chose, mais en ne gagnant presque rien. Ainsi, beaucoup de jeunes ne peuvent pas gagner assez d’argent pour fonder une famille, par exemple. D’autant plus qu’il s’agit souvent de pays musulmans, avec des normes très strictes en matière de conditions pour le mariage et la sexualité. Il faut de l’argent, pour se marier, et les mariages sont souvent arrangés. Cela explique donc en partie le désespoir de nombreux jeunes Africains.
Par ailleurs, précisons bien que nous sommes, en Europe, sur un continent dont la population est globalement vieillissante. Il y a donc de nombreuses bonnes raisons d’être en faveur d’une immigration modérée. Mais étant donné que l’Europe ne peut bien sûr pas accueillir des centaines de millions de personnes, la solution est naturellement à rechercher dans la coopération ou l’aide aux pays du Sud. Une aide ou une coopération qui permettrait aux gens de vivre dans de bonnes conditions dans
leurs pays natals. En particulier pour une raison très simple : si c’est en Belgique, par exemple, que je dois nourrir une personne, lui fournir un logement et des soins de santé, cela me coûtera probablement 100.000 € par an. Avec ces 100.000 € par an, je peux probablement aider 100 réfugiés, dans un pays du Sud, par exemple des gens qui ont fui du Soudan vers le Kenya ou l’Égypte. En effet, les coûts dans ces pays sont bien moins élevés qu’en Belgique. Donc, avec le même argent, on peut aider beaucoup plus de personnes, si on les aide dans les régions d’origine ou les pays qui en sont proches.
Toujours en rapport avec cet enjeu de prioriser la coopération : comme mentionné, c’est en relation avec leurs si grandes populations, que les économies africaines ne sont souvent pas assez fortes ; en elles-mêmes, elles ne sont souvent pas si faibles. L’économie en Afrique est déjà en croissance. On le voit notamment quand on est dans les capitales, on y observe une certaine activité économique. Ce n’est pas que ces pays n’auraient pas d’économies qui fonctionnent, mais leur population croît en général bien plus vite que l’économie. C’est là le problème. Ces pays sont riches, en fait, mais leurs richesses doivent être partagées entre un nombre croissant d’habitants. Cependant, ce n’est pas un problème qu’on peut résoudre avec la politique des réfugiés, cela concerne bien plutôt, comme expliqué, une politique de coopération ou d’aide Nord-Sud. Si au lieu de cela on poursuit la politique d’asile actuelle, il viendra en Europe toujours plus de gens. Des gens qui ont certes des raisons de chercher une meilleure situation, mais pas de raisons de fuir, selon le droit international des réfugiés. Parce qu’ils ne sont pas persécutés politiquement, ne fuient pas une guerre, ni une famine, etc. L’ensemble de l’Afrique n’est pas en guerre ; le Soudan est en guerre, par exemple, mais pas le Sénégal, le Ghana ou encore le Nigeria. Il n’y a pas non plus de famine, dans ces pays-là. Les gens y sont certes beaucoup plus pauvres qu’en Europe, mais sans qu’on puisse invoquer de raisons de fuir. On ne peut pas maintenir un système où toute personne qui se présente aux frontières européennes extérieures et souhaite demander l’asile doit être admise.
La coopération devrait donc être la priorité, je le redis, y compris en lien avec des migrations professionnelles, comme expliqué. Revenons à ce point important, en prenant l’exemple du Sénégal. Une chose qui apporte beaucoup à ce pays est le fait que des Sénégalais qui étaient en mesure de trouver du travail en Europe y gagnent effectivement leur vie, et cela suffisamment pour pouvoir envoyer de l’argent à leur famille. Ces transferts de fonds sont imposés par l’État sénégalais, s’ils ont lieu légalement, et le Sénégal en profite également du fait que ces migrants peuvent investir de l’argent dans ce pays d’origine, en y faisant construire une maison, en y créant peut-être une entreprise… C’est donc tout à fait différent de ce qui se passe avec la migration irrégulière de personnes qui demandent l’asile en Europe et dont la demande est ensuite rejetée ; ces gens disparaissent alors très souvent dans l’illégalité, se livrent peut-être au trafic de drogue, etc. Les statistiques de criminalité montrent sans équivoque la réalité et l’ampleur de ce genre de phénomènes, en lien avec les migrations. Ou bien, ces gens vivent de l’aide sociale en tant que demandeurs d’asile sur lesquels il n’a pas encore été statué. En tout cas, ils ne peuvent pas envoyer beaucoup d’argent vers le pays d’origine. Bref, une migration de main‑d’œuvre réglementée profite aux deux côtés, tandis qu’une migration irrégulière entraîne de nombreux problèmes.
Au sujet de cette importance d’une vraie coopération NordSud, j’ai récemment interviewé Ralph Ghadban [voir l’entretien dans le prochain numéro] ; il souligne que, au lieu de donner la priorité à la coopération et à l’aide internationales, des milieux influents, notamment au niveau de l’ONU, agissent en faveur d’une logique de promotion des migrations… Il s’agit en particulier d’une partie du patronat, sans doute ?
Effectivement, les employeurs exercent une très forte pression en faveur de l’immigration. On le voit entre autres en Allemagne, où je travaille. Il y a énormément d’instituts de recherche, de programmes de recherche pro-immigration, subventionnés par de grandes entreprises. Il y a la fondation Thyssen, la fondation Volkswagen, la fondation Bertelsmann, la fondation Hertie, etc. Les employeurs ont investi énormément d’argent, dans le lobbying pour l’immigration, car elle est avantageuse pour eux. Le problème est qu’il s’agit d’intérêts privés, qui ne correspondent pas aux intérêts collectifs. Car les entreprises ne se soucient pas du fait que l’ouverture des frontières entraîne l’arrivée de nombreuses personnes qui ne trouvent pas d’emploi et qui se retrouvent alors à la charge de la collectivité. Ce n’est pas le souci des entreprises ; elles embauchent volontiers les personnes qui peuvent travailler, mais concernant les autres, elles laissent l’État et donc le contribuable s’en occuper. Il y a donc un transfert des charges vers la collectivité et une privatisation des avantages de l’immigration.
Comme je le disais, nous avons besoin d’une immigration modérée, mais elle doit être composée de telle sorte que la grande majorité des migrants puissent effectivement trouver un emploi et contribuer à l’économie. Dans ce cas, l’immigration peut être très bénéfique, mais celle que nous connaissons actuellement est dominée par des personnes qui ne sont pas qualifiées pour le marché du travail et qui ont également une grande distance culturelle par rapport aux sociétés d’accueil. Ce qui rend l’intégration extrêmement difficile. De sorte que l’immigration que nous avons actuellement n’aide en rien à maintenir l’État social à un niveau favorable, elle lui coûte cher. Aux Pays-Bas comme en Allemagne, et probablement aussi en Belgique, la majorité des bénéficiaires de l’aide sociale sont des personnes de nationalité étrangère.
Quoiqu’on pense de ce lobbying du patronat, on peut relever au moins un aspect positif : du fait du pouvoir d’influence de ces milieux, ce lobbying est probablement une garantie du fait que l’Europe ne se fermera pas sur elle-même, n’est-ce pas ?
Oui, notamment du fait de l’influence de ces milieux, mais aussi du fait des besoins des populations européennes vieillissantes, comme expliqué. Il ne faut donc pas craindre que l’immigration se voie empêchée. Mais comme je le disais, pour que la migration soit soutenable il est crucial de radicalement changer sa composition actuelle.
Certains mettent néanmoins en garde contre le risque d’utilisation de pays tiers pour tenir les réfugiés à distance. Mais si vos propositions étaient appliquées, c’est exactement l’inverse qui se produirait, n’est-ce pas ?
Tout à fait. Concernant les personnes en besoin d’asile, ce mode de gestion se prête beaucoup mieux que le système actuel à leur donner accès à un pays d’accueil. D’un point de vue moral, cela ne devrait même pas être une question. Et il est très étrange que beaucoup de personnes qui se définissent comme étant de gauche et progressistes défendent ce système que nous avons actuellement, qui repose sur le fait que nous demandons aux gens de risquer leur vie et de payer énormément d’argent…
Il est effectivement étonnant que des propositions comme les vôtres ne soient pas bien plus prises en compte. Et notamment que votre dernier livre, De Asielloterij, même s’il existe aussi en allemand, n’est pas encore traduit en français, et surtout en anglais, alors que la plupart de vos nombreux livres précédents sont disponibles dans cette langue notamment, ainsi que dans bien d’autres…
De Asielloterij est aussi disponible en Danois, et très discuté en Allemagne, en Scandinavie, aux Pays-Bas, etc. Mais effectivement, le fait qu’il n’a pas été traduit en anglais est sans doute un signe du fait que le sujet concerné est extrêmement chargé émotionnellement. Souvent, dans les discussions sur les migrations, il ne s’agit pas du tout des personnes concernées, des réfugiés ou des migrants. Il ne s’agit pas de ce qui est le mieux pour ces personnes. Il s’agit d’une lutte entre différentes factions en Europe, des factions qui veulent chacune montrer que l’autre est le méchant et recevoir les votes des électeurs. En accusant les autres d’être xénophobes, notamment, pour se placer du bon côté. Peut-être que votre publication contribuera à ce qu’un éditeur francophone s’intéresse au livre…
Il y a donc une attitude idéologique des milieux se voulant de gauche, mais aussi, comme vous l’avez expliqué, des milieux néolibéraux. C’est une étrange alliance de fait, n’est-ce pas ?
Oui, cette idée d’une migration totalement dérégulée relève notamment d’un néolibéralisme, bien sûr. Il y a donc effectivement une drôle de coalition entre moralistes de gauche et employeurs. Les uns y sont motivés par leur propre intérêt, les autres par des raisons morales, parce qu’ils se sentent mieux ainsi. Ils pensent qu’ils font le bien, même si, à mon avis, ils font exactement le contraire. Et cette coalition a fortement dominé les politiques d’immigration, au cours des dernières décennies. Pourtant, je me définis plutôt comme une personne de gauche, comme progressiste. Et je trouve que cette politique d’immigration n’a rien de progressiste ni de gauche…
Propos recueillis (à partir de l’allemand) par Daniel Zink, novembre 2025. Revu et corrigé par Ruud Koopmans.
- Koopmans, R., De Asielloterij, Prometheus, 2023 (en allemand : Die Asyl-Lotterie, éd. C. H. Beck).
- Phillip Connor (2018), At Least a Million Subsaharan Africans Moved to Europe since 2010. Washington: Pew Research Center, S. 8–9. Téléchargeable sous ce lien : https://www.pewresearch.org/global/wpcontent/uploads/sites/2/2018/03/ Africa-Migration-March-22-FULL-RE PORT.pdf.



