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19 octobre 2018

Où va le monde ?

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Après lecture, on aimerait avoir à sa disposition une centaine d’exemplaires de l’opuscule de 76 pages, et le soumettre à appréciation à une même centaine d’individus pris au hasard, afin de se faire une idée de la mesure de la réaction. Combien seraient-ils à manifester un étonnement devant la thèse principale de ce livre : nous nous dirigeons lentement vers le grand bouleversement. Le bateau à la dérive dans lequel nous sommes tous étant décrit par certains « maîtres de la signification »
– les médias, les politiques et les banquiers – qui ont le monopole de la description et n’ont rien à gagner à ce que cela change, le rafiot continue à passer pour un paquebot rutilant : « la croissance reviendra », nous disent-ils. Ce sont donc eux les catastrophistes, comme l’évoquait François Partant : « le pire des catastrophismes n’est pas d’annoncer les catastrophes quand on pense qu’elles se préparent, mais bien de les laisser survenir par le seul fait qu’on ne les a pas prévues et, pire encore, qu’on s’est interdit de les prévoir ». Pour s’y préparer, il faudra fondamentalement revoir nos façons de penser le temps, penser le présent en se projetant dans le futur afin de relier l’ici et maintenant et ce moment catastrophe à venir, pour envisager les moyens de limiter les effets (Jean-Pierre Dupuy), ce qui ne pourra pas se faire sans une subordination de l’homme à la nature « de manière à ce que la planète soit reconnue comme la “loi suprême” » (Susan George).

Peut-être le plus effrayant est-il toutefois que cette prise de conscience généralisée, si difficile soit-elle, et si peu probable, ne nous permettrait pas à elle seule d’éviter la grand bouleversement, mais tout au moins de s’y préparer, car il est encore plus « difficile d’imaginer que cette même société puisse changer rapidement et profondément ses comportements dans les domaines qui dépendent de ses relations vitales avec les ressources naturelles » (Yves Cochet). S’y préparer, ce qui n’est au demeurant pas superflu, car malgré l’évidente décadence à venir de l’ordre occidental néolibéral, toutes formes d’expériences décroissantes permettra déjà « d’infléchir les transformations inéluctables dans le bon sens » (Serge Latouche).

A.P

Où va le monde ? 2012-2022 : une décennie au devant des catastrophes, Yves Cochet, Jean-Pierre Dupuy, Susan George et Serge Latouche, Editions Mille et une nuits, 2012

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