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19 octobre 2018

Être radical. Manuel pragmatique pour radicaux réalistes.

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Voilà la traduction française de Rules for radicals de Saul Alinsky, livre souvent présenté comme le classique de l’animateur social, paru initialement en 1971. Alinsky fut, selon ses propres mots un « organisateur » de communautés, ajoutons : de première catégorie. L’auteur explique avoir écrit ce livre pour donner des clés de compréhension et d’actions aux jeunes parce qu’« il existe certaines règles pour le radical qui veut changer le monde ». La pente est donc celle de la science de la révolution, ce genre de science qui n’a pas trop bien fonctionné… C’était une autre époque, et le temps a passé sur le livre, bien logiquement, comme sur un certain nombre des règles énoncées avec moult détails par celui qui a inspiré une partie de l’action de B. Obama et H. Clinton. En 40 ans, la puissance de l’establishment dénoncée avec force dans ce livre s’est encore accrue, et nombre des tactiques pro posées ne semblent plus guère praticables. Cette lecture s’avère toutefois fort instructive, notamment parce qu’Alinsky va droit au but qu’il identifie du même coup : « Dans ce livre, ce qui nous intéresse c’est de savoir comment créer des organisations de masse capables de prendre le pouvoir et le donner au peuple ». Et il insiste sur la nécessité d’une lecture politique sans tergiversation dont notre époque a tant besoin. Considérer le monde tel qu’il est et non tel que l’on voudrait qu’il soit, viser des objectifs à la bonne hauteur – atteignable – comprendre le caractère dual de l’action et des intensions, identifier les forces en présence, réfléchir sans faux-fuyants sur des termes clés comme le pouvoir, l’intérêt personnel, le compromis, l’égo, le conflit. Autant d’analyses et de réflexions indispensables à qui veut agir pour défendre ses valeurs, que l’on espère décentes. L’analyse d’Alinsky trouve néanmoins sa limite dans la question des moyens et des fins, traitée de façon approfondie. L’organisateur y expose la différence de vision entre la position « la fin justifie les moyens » utilisée pour justifier les comportements les plus ignobles et celle de « la fin est dans les moyens » qu’il explore à la lumière de l’action de Gandhi, radical s’il en est. Alinsky formule sa position en : « Est-ce que cette fin justifie ce moyen ? », arguant que l’éthique est indispensable mais que finalement elle s’efface devant l’intérêt personnel et les situations particulières. Alinsky expose pourtant sa propre contradiction en observant lui-même que lorsqu’Orwell part faire la guerre d’Espagne, il met sa vie en jeu et fait passer son intérêt personnel au second plan. « Ce sont des exceptions à la règle, et il y en a eu suffisamment à jeter leurs feux dans le passé ténébreux de l’histoire pour nous indiquer que ces transformations épi sodiques de l’esprit humain sont plus que la lueur incertaine des lucioles » souligne-t-il. Plus qu’à cette posture éthique intermédiaire pour ne pas dire boiteuse, on souscrira donc davantage à l’appel à la révolution spirituelle qui anime la toute fin des conclusions du livre et ces deux dernières phrases qui font synthèse : « Il faut espérer que ces ténèbres précèdent l’aube d’un magnifique monde nouveau. Nous ne le verrons que lorsque nous y croirons ».

JBG

Etre radical. Manuel pragmatique pour radicaux réalistes, Saul Alinsky, Editions Aden, Bruxelles, 2012


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