Kairos, journal antiproductiviste pour une société décente

Kairos n°
8

1 Juillet 2013

La santé des femmes: à consommer sans modération?

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Édito

édito

 

  En coupant l’ERT, le service audiovisuel public grec, le gouvernement conservateur-socialiste-démocrate a envoyé un signal très clair. A 20 heures, le ministre annonçait la fermeture de l’ERT et le licenciement de ses 2700 fonctionnaires et employés. A 24 heures, la police embarquait l’émetteur principal. No signal. Les historiens ne semblent pour l’instant pas trouver de précédent à cette mesure, même dans les pires dictatures. A quel monstre faisons-nous face ? D’aucuns plaident l’erreur d’analyse, l’excès de zèle néolibéral, ou quelque chose qui serait de l’ordre de la bévue.

  Observons toutefois que cette mesure était demandée par la Troïka composée d’instances supranationales (UE, BCE, FMI), représentées par des « experts de très haut niveau ». Difficile d’envisager que tous se soient simultanément pris les pieds dans le même tapis.Le premier ministre Grec, A. Samaras, n’avait-t-il pas un seul conseiller qui aurait pu lui souffler à l’oreille ce que signifie de couper sans préavis la radio-télé publique ? Ses collègues de « gauche », qui pleins de courage se sont empressés de ne pas démissionner, n’ont-ils rien vu venir non plus ? Quant à la Commission Européenne, qui a « pris note » de cette décision, elle n’est pas exactement tombée de son siège. Tout cela fait beaucoup pour une bévue. D’autant plus qu’elle s’inscrit dans la suite logique de la politique de brutalité expérimentée en Grèce depuis 2010.

  A Ankara, le premier ministre R.T Erdogan a décidé de raser Gezi, un parc arboré, le dernier poumon vert de la capitale, pour y faire pousser un centre commercial. Cette « revitalisation » du centre ville turque n’a pas convaincu ses habitants qui tiennent à leurs arbres et qui n’avaient pas eu leur mot à dire sur ce projet en béton. Les manifestations violemment réprimées se sont transformées en mobilisation sociale massive au point de mettre le premier ministre en difficulté.

  L’ERT et Taksim ont en commun d’être des biens communs. Leurs sorts devaient être scellés par des oligarchies isolées, qui obéissent aux lois de l’argent et méprisent la plus élémentaire démocratie. Dans ces deux cas, la réaction citoyenne a été fulgurante : une grève générale en Grèce, une vague sociale en Turquie. Depuis, Erdogan  mis sous pression internationale semble acculé à devoir renoncer à au moins une partie du projet, tandis que les programmes de l’ERT sont rediffusés par satellite par l’Union européenne et que Samaras est contraint d’envisager une réouverture partielle de la radiotélévision publique.

  Un rien de bon sens commun, de décence commune, prémunissent de l’ankylose face à la destruction des biens communs. Il est évident qu’il n’est pas acceptable de détruire en une fois, pour des raisons économistes, quelque chose qui ressort de la richesse collective. Ce sens commun constitue une base qui reste indispensable pour s’opposer à la mise en pièce de ce qui fonde notre commune humanité. Vite, avant que le bon sens ne soit lui-aussi marchandisé!

Jean-Baptiste Godinot

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