Kairos, journal antiproductiviste pour une société décente

Kairos n°
19

1 Avril 2015

Contre la prison de Haren et toutes les prisons modernes

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Édito

«IL N’Y A PAS D’ALTERNATIVES, VOUS ENTENDEZ !» 

  Si la plateforme no-transat et l’alliance D19-20 ont formidablement contribué à faire connaître en Belgique le CETA et le TTIP(1) et la nocivité démocratique qui leur était consubstantielle, il ne faut néanmoins pas se leurrer: trop nombreux ignorent encore leur existence même. Ceux qui auraient l’occasion de médiatiser l’information et de «rendre intéressant ce qui est important», sont donc sur la sellette. Le vendredi 17 avril, la veille d’une manifestation contre le Traité transatlantique, le JT de 19h30 de la RTBF consacrait, en 6ème sujet, 3 minutes 7 secondes au TTIP. A côté de cela, la journaliste parlait 3 minutes 23 secondes du bicentenaire de la bataille de Waterloo. Et combien de temps y ont-ils consacré les jours, semaines et mois avant pour nous faire comprendre les véritables enjeux de ces traités ?

  N’est-ce pas un parti pris d’une chaîne publique de plus en plus soumise au diktat de l’audimat, au joug de la régie publicitaire et à la pensée managériale ? Nous citions, dans le premier dossier de Kairos(2) , un journaliste qui voyait la RTBF devenir une sorte «de ministère du divertissement». Plaire aux annonceurs, voilà la ligne éditoriale des médias, comme l’expliquait la régie publicitaire de la RTBF: «l’atout de la radio est de toucher au moment adéquat des groupes-cibles identifiés, dont les motivations d’écoute sont claires».

  Dans ce cadre, doit-on s’étonner qu’ils tentent quotidiennement de nous faire accepter la pilule de l’austérité et les sacrifices nécessaires, sans jamais nommer ceux qui ne sont pas sacrifiés. Sous leur fausse neutralité, ils sont de formidables faiseurs d’opinion.

  Exemple ? Extrait d’un JT, où était invité le Vice-pré- sident d’Inter-Environnement-Bruxelles (IEB), pour ré- pondre aux questions concernant la diminution de 50% de ses subsides (3) :

  Journaliste (Nathalie Maleux): Une association qui hausse le ton, c’est Inter-Environnement-Bruxelles. Comme d’autres ASBL, rigueur oblige (sic), elle se voit privée d’une partie de ses subsides. Son co-président, Marco Schmitt, est notre invité. Bonjour. Donc le cabinet de votre ministre de tutelle vous prive de 50% de subsides, en gros, si j’en crois vos chiffres, on passe de 160000 à 80000 euros par an: ce n’est pas assez pour vous pour faire le travail que vous faites actuellement ?

  Marco Schmitt: Certainement pas (...) ça représente pour le moment grosso modo 10% de notre enveloppe budgétaire, donc ça représente aussi 10% de notre masse salariale.

  Journaliste : mais vous êtes d’accord que tout le monde doit faire un effort, justement avec cette rigueur budgétaire qui s’impose (sic)!

  MS: «Tout le monde doit faire un effort », c’est ce qu’on nous avait annoncé avec 15% qui seraient appliqués à toutes les ASBL bruxelloises...

  Journaliste : ... et chez vous c’est 50%...

  M.S.: ... et chez nous c’est 50% effectivement. (...)

  La journaliste, coupant M.S.: Vous auriez déplu à votre ministre de tutelle ?

  M.S.: Au gouvernement peut-être en général, au ministre de tutelle en particulier (...)

  Journaliste : Donc vous, vous parlez de prises de position qui auraient déplu, on tenterait un peu de vous museler en diminuant les subsides. On a appelé évidemment le cabinet de Céline Frémault. Elle, elle dit que c’est pas du tout pour ça (sic), c’est parce que vous n’avez pas atteint vos objectifs en terme justement d’environnement. Pour une association qui porte ce nom, Inter-Environnement-Bruxelles, ça fait un peu tache.

  M.S.: Alors évidemment tout dépend de ce qu’on entend par « environnement ». Si « environnement », c’est s’occuper des potagers en ville, c’est s’occuper du cycle de l’eau, des espaces verts...

  Journaliste : ... la biodiversité, la nature en ville... c’est ce que dit la ministre.

  M.S.: Ça c’est une chose. Il est clair que dans une ville les questions environnementales dépassent de loin ce genre de problématique, puisque...

  Journaliste, coupant MS: Donc vous êtes d’accord qu’à ce niveau-là, vous n’avez peut-être pas atteint tous les objectifs qui vous étaient demandés, vous avez trop élargi vos missions?

  M.S.: On a élargi nos missions comme on le fait depuis toujours, disons que c’est plutôt le contraire qui s’est passé...

  Journaliste, le coupant: Mais quand votre ministre vous demande de cibler cette mission en particulier et que vous ne le faites pas... elle supprime des subsides..

  M.S.: L’environnement, ce n’est pas que les petits oiseaux, l’environnement c’est la mobilité, c’est aussi le secteur de la construction, c’est là où se produisent les plus gros dégâts environnementaux...

  Journaliste, le coupant: C’est votre ministre qu’il faut convaincre alors!

  M.S. continue, la journaliste l’arrête «on a bien compris, on a bien compris. Donc ce petit conflit (sic), on va dire ça, donc qui va vous opposer à la ministre »

  Rigueur budgétaire imposée par la nature, punition méritée, cloisonnement organisé pour surtout ne pas questionner les causes. La messe est dite. Les mécréants qui doutent, voient que certains s’enrichissent encore et ne «font pas un effort nécessaire», se disent que quelque chose ne va pas, ceux-là n’ont qu’à s’asseoir, allumer la télé et... fermer leur gueule.

  Jusqu’à quand?

  Alexandre Penasse

 

  1. Le premier porte sur un accord de libre-échange entre l’UE et le Canada, le second entre l’UE et les États-Unis.
  2. «La RTBF est surtout “la leur”. Déliquescence progressive de la chaîne publique orchestrée par le binôme RMB/RTBF», Kairos avril-mai 2012.
  3. Retrouver l’interview du JT de la RTBF sur www.kairospresse.be

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