Kairos, journal antiproductiviste pour une société décente

Kairos n°
16

1 Novembre 2014

Culture de la pauvreté et de la sobriété heureuse

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Édito

Quelque chose d’autre qu’un « achat »

  S’abonner à Kairos n’est pas un acte de foi, une prestation de serment, ou l’équivalent de l’entrée dans une secte. Au contraire de ceux qui pourfendent l’antiproductivisme, le refus de l’hyper-consommation et d’une société totalement subordonnée à cette voie n’a rien d’une insertion dans le domaine de la pensée contrainte ; l’adhé- sion absolue et forcée sous l’illusion du choix libre n’est pas notre prédilection, elle relève plutôt du domaine du marketing et de la publicité. Soutenir Kairos, c’est assez simplement et pour une somme modique accorder de l’importance au maintien et à la résurgence d’une presse libre, non soumise au diktat du chiffre, de l’ « audimat» et de l’opinion. C’est oser dire ce que l’on pense, nourri par ce que l’on voit, ce que l’on constate, la réflexion construite d’autres, les contradictions frappantes, et un questionnement sur notre propre existence. Non pas pour le plaisir de la montée d’adrénaline mais bien parce que les injustices nous dégoûtent. Certaines idées sont dès lors selon nous indispensables à défendre. Une œuvre de salubrité publique.

  Si le malaise doit pourtant parfois se poser pour celui qui a Kairos entre ses mains, nous pensons que c’est non pas parce que nous « exagérons», mais parce que les autres médias les ont habitués à accepter leur propre soumission au monde qu’ils décrivent et font. Être toujours d’accord avec l’ensemble de ce que nous écrivons serait-il toutefois le nécessaire engagement pour s’abonner à Kairos ? Certainement pas. Nous ne sommes pas tous prêts à lire des choses qui remettent en question nos vies, à recevoir des contenus qui peuvent nous faire mal, à accepter le contraste entre ce que nous sommes et ce que nous pensons. Nous n’avons pas en outre l’apanage de la vérité, même si nous pensons que face à l’ineptie médiatique ambiante, nous avons le mérite de faire réfléchir, et que si nous étions sans risque, il y a déjà longtemps que l’on aurait parlé de nous dans les rédactions.

  Nous lire, ce n’est donc pas faire profession de foi, mais admettre que le débat manque, que l’heure est grave, et que c’est en refaisant ce monde que l’on pourra réapprendre à penser et, nécessairement, réapprendre donc le plaisir d’aller vers l’autre. Nous sommes en manque de pensée, non pas de cette pensée physiologique, quasi technique, que les technocrates aiment chez les robots, non pas cette pensée que l’on a voulu insidieusement assimiler à l’acte de réfléchir, mais une pensée critique, réflexive, radicale, qui nous relie.

  Il est donc évident que pour nous, s’abonner à Kairos ou l’acheter ne se réduit pas à un acte marchand, comme l’est celui que l’on réalise lorsqu’on achète un journal mainstream. De même que vendre Kairos ce n’est pas faire croître son capital, l’acheter ce n’est pas acheter de la matière, être considéré comme un potentiel client(1), mais c’est partager des idées, nourrir la réflexion. Il est donc possible que vous achetiez un Kairos et que le soir, lors d’une conférence, vous remarquiez qu’on les donne. Ne pestez pas. Kairos devrait être gratuit. Ses contributeurs devraient en vivre. Ce n’est pas comme ça. Nous sommes engagés dans une lutte.

  Si certains contenus de Kairos vous revivifient, vous plongent dans une réalité médiatique dont vous n’êtes pas accoutumé, cela est suffisant. Si d’autres vous rebutent, vous font douter, c’est sans doute normal, mais ce ne devrait pas impliquer votre refus de nous soutenir.

  Car sans média libre, viendra le jour où le refus de cette société et de la destruction qu’elle implique, du gouffre dans lequel elle nous mène, ne pourra, tout simplement, plus être exprimé.

Soutenez-nous!

Parlez de nous autour de vous!

Distribuez-nous!

Vous êtes le carburant du journal.

Merci!

Alexandre Penasse

 

  1. Comme le dit Noam Chomsky, les grands médias «ont un produit à vendre et un marché où ils veulent le vendre: le produit, ce sont leurs lecteurs, et le marché, ce sont les annonceurs. Donc la structure économique d’un journal est de vendre des lecteurs à d’autres entreprises.» Chomsky, N., Comprendre le pouvoir, Tome 1, Les Éditions Aden, Bruxelles, 2005.

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