Kairos, journal antiproductiviste pour une société décente

Article

Présentation

Kairos késako?

Alexandre PenasseJBGPierre Lecrenier

Kairos ?

  Pour ce premier numéro, il nous faut en quelques lignes vous dresser le portrait de Kairos et le contexte qui l’explique, ce journal nouveau venu dont la figure évoluera au fil des numéros, comme toute action vivante.

  Le titre d’abord. « Kairos » est un terme grec dont la signification peut être résumée dans la formule « le moment opportun pour initier le changement ». Lorsque nous avons retenu ce nom pour titre, la Grèce était déjà en difficulté, accablée par les vautours productivistes qui n’ont eu de cesse depuis lors de plonger sa population dans une situation toujours plus dure. Cette caractéristique du titre de journal nous semble donc évidemment en renforcer le sens, que nous chargeons par ailleurs de sympathie à l’égard du peuple grec.

  Quant au sous-titre, « journal antiproductiviste pour une société décente » , il mérite quelques explications que vous trouverez après que nous vous ayons présenté les objectifs de notre journal.

Un journal qui Respire

  Kairos est édité par l’asbl Respire (www. respire-asbl.be) qui est une association dont l’objectif premier est de lutter contre l’envahissement publicitaire des espaces publics, en vue d’alerter sur les dangers de la surconsommation. Respire est en faveur de l’objection de croissance et c’est à ce titre notamment qu’elle édite Kairos.

  Kairos vise simultanément quatre objectifs complémentaires :

  -faire entendre et connaître les voix de l’antiproductivisme, confrontées à la politique mé- diatique du silence;

  -approfondir les propos de l’objection de croissance en alimentant réflexions et pratiques par des analyses solides, témoignages et autres enquêtes, qui démontreront l’impasse de la croissance et présenteront des alternatives actuelles et à venir;

  -être un lieu de convergence des analyses et des pratiques (via le témoignage notamment) qui font la richesse foisonnante de l’objection de croissance;

  -être un bel objet, dont la qualité esthétique renvoie à une cohérence de fond qui donne envie de le lire et d’aller plus loin.

Pourquoi Kairos?

  Nous préciserons ici des points que vous avez vu abordés dans l’édito. Créer un journal nous semble être une nécessité démocratique dans le contexte particulier de la Belgique francophone, pour diverses raisons.

  Tout d’abord, l’indigence générale de la presse à grand tirage, dont les différents titres dévoient à des rythmes variables leur vocation d’information pour y substituer une fonction commerciale qui consiste à mettre le lecteur en contact avec des annonceurs publicitaires - auxquels ils sont aliénés. Le journalisme de masse, directement dépendant de la publicité, a inscrit depuis longtemps dans son ADN les recettes du marketing qui génèrent autocensures, surenchères médiatiques, racolages de potentiels acheteurs/lecteurs par les procédés du scoop, confusion croissante des contenus d’information et commerciaux, etc. Cette presse vit de la publicité et sa fonction première, informative, ne peut qu’en être pervertie. Ce journalisme, loin de constituer un « quatrième pouvoir », ferme le cadre de la pensée tout en construisant une représentation « mainstream » faussée de la réalité, en prétextant que « le contenu vendu répond à la demande ». Si nous ne pouvons bien sûr pas opposer une alternative complète à ce type de médias, faire exister des voies dissidentes nous semble nécessaire.

  Il existe certes déjà une presse d’opinion à petit tirage qui va peu ou prou à contre-courant de la pensée dominante. Celle-ci produit des contenus d’intérêt, mais elle ne répond pas à tout ce que nous attendons d’un journal et ne nous semble pas dépasser certains écueils.

  Soit, si cette presse se rapproche de ce que nous imaginons, elle ne couvre pas assez la problématique belge. Soit elle adopte une ligne éditoriale qui ne permet pas d’offrir un équilibre entre l’analyse des sujets et la nécessité de les traiter avec une certaine distance, ce à quoi nous nous efforcerons. Soit étant une presse partisane, qu’elle soit associée au mouvement écologiste ou aux gauches radicales, elle adopte à l’excès l’un ou l’autre versant des dichotomies individu/groupe, nature/culture. Ainsi l’obédience journalistique écologiste a tendance à se focaliser excessivement sur le versant individuel pour amener à un changement de société qui manque de réalisme tant il fait peu de cas des questions de rapports de force sociaux. De son côté, la mouvance journalistique liée aux gauches dites radicales concentre souvent son attention sur les structures lointaines du pouvoir, ce qui la mène parfois à éluder le questionnement du sujet quant à sa propre participation au système et à évoquer l’écologie plus par souci du politiquement correct que par réelle préoccupation. Tenter d’articuler ces différentes dimensions sans négliger l’une ou l’autre, ni réduire l’une à l’autre, nous paraît nécessaire. Dans les deux genres de discours précités, la recherche des forces et dynamiques qui créent la situation actuelle et sa pente nous semble être insuffisante. Disons que les deux restent ancrés dans une logique productiviste et, malgré les apparences, envisagent le monde dans un cadre prédéfini qui ne peut être subversif tant ils jouent dans les règles qui font le monde d’aujourd’hui et la crise sur laquelle il débouche. Nous espérons que Kairos pourra proposer des éléments d’analyse et de pensée subversifs, c’est-à-dire qui rompent avec ces logiques et leurs impensés, dans le but de contribuer au renforcement de nouveaux discours politiques.

  Notre objectif est de faire apparaître des pensées complexes et articulées, en offrant un outil d’interpellation, d’analyse et de témoignage. C’est dire que la réflexion collective qui alimente Kairos ne se cantonne pas à l’aspect théorique mais , nous l’espérons, pourra servir de point de départ débouchant le plus possible sur des initiatives concrètes, individuelles et collectives. Ce journal se voudrait donc un support qui en participant modestement à l’insurrection des consciences qu’appelle l’objection de croissance, pourrait contribuer à son niveau à l’émergence de changements fondamentaux.

  Kairos ne s’adresse pas à un « public cible » particulier, bien qu’il faudra du travail pour sortir des cercles militants restreints. Notre propos est néanmoins adressé à tout le monde et, chère lectrice, cher lecteur, si vous ne vous sentez ni militant, ni antiproductiviste, ni ceci, ni cela, eh bien! précisément il y a de bonnes chances que vous soyez ici chez vous! Kairos n’est pas la « bonne parole » qui cherche à vous convaincre, c’est un journal d’opinion qui propose des idées, des analyses et des actions qui sont partagées par un nombre croissant de personnes mais qui restent pourtant insuffisamment connues. Si, comme nous, vous espérez une société décente, alors nous sommes encore plus nombreux qu’on ne l’espérait! Nous prendrons connaissance de vos réactions avec intérêt, et si par ailleurs vous souhaitez vous abonner pour soutenir ce journal bénévole, vous êtes aussi bienvenu.

Que dit Kairos?

  Notre journal est en premier lieu antiproductiviste.

  Par antiproductivisme, nous entendons la résistance à l’illusion que la production matérielle toujours croissante amène le progrès de l’Homme, que les illusions combinées de la technoscience, du développement et de la croissance (économique) sont la voie et le salut de l’humanité. Nous voulons battre en brè- che la logique mortifère du « toujours plus » et de son avatar le « développement durable ». L’antiproductivisme est opposé à tous les productivismes, de gauche comme de droite, capitalistes ou collectivistes, religieux ou non, qui promettent le salut par l’accélération et l’accumulation, la justice sociale par le travail salarié, la sauvegarde de la nature, devenue « environnement », par la technologie, l’élévation des âmes par une science qui ne doute plus.

  Nous nous opposons à cette idéologie et aux pratiques qui en découlent mécaniquement (comme l’idéologie de la bagnole et l’urbanisation du monde, le stress au travail, le fichage qui se généralise, la compétitivité et la concurrence généralisées, la marchandisation du vivant et des relations sociales, la violence d’état, etc.).

  Il est tourné vers la recherche et la défense d’une société conviviale et décente.

  Une société dans laquelle la vie ensemble trouve son sens dans une organisation qui cherche la mesure, reconnaît la fraternité de ses membres, poursuit l’équilibre entre elle et la Nature dans laquelle elle existe. Cette convivialité telle que décrite par exemple par Ivan Illich, est une réponse théorique et pratique à l’aliénation de l’homme à la machine et à l’argent, une contre-proposition à l’aliénation gé- néralisée par la technoscience qui asservit nos vies et le monde. Cette convivialité n’existe pas sans l’autonomie collectivement construite des personnes et des peuples.

  Cette convivialité peut être considérée comme une autre façon de parler de la « société décente », qui est le deuxième terme du soustitre que nous donnons à Kairos. L’idée de « société décente » est chère à Georges Orwell, Avishaï Margalit ou Jean-Claude Michéa, si vous souhaitez vous renseigner davantage sur ces fondements théoriques. Elle nous semble essentielle car, c’est l’un des espoirs que nous mettons dans cette idée en tous cas, chacun peu sentir ce qu’est une société décente et ce qui ne peut pas l’être.

  Si nous reconnaissons bien notre dette vis-à- vis des auteurs qui ont mis cette idée de « société décente » en avant, nous ne positionnons pas pour autant Kairos dans un courant théorique de manière exclusive, mais bien dans l’espoir concret de l’émergence d’une société décente qui pourrait découler de la mobilisation et des luttes populaires, lesquelles dépassent selon nous tout courant intellectuel spécifique.

  Kairos réalise sans cesse un effort de nonviolence active.
  Il assume le conflit comme nécessité du vivre ensemble tout en évitant ce qui peut mener à la violence. Nous n’avons donc pas l’intention de tenir des propos outrageants ou dépréciant nos adversaires politiques, dont nous combattrons pourtant les actions néfastes sans relâche.

Kairos et vous

  Il nous faut encore dire que Kairos est entièrement bénévole, ce qui n’implique pas qu’il n’y ait pas de frais! Editer, imprimer, diffuser un journal coûte de l’argent, et vos soutiens financiers seront non seulement bienvenus, mais nécessaires. Vos dons seront reçus avec gratitude sur le compte de l’asbl Respire : 979- 6411697-02.

  Kairos est un projet collaboratif, dont l’objectif est de contribuer à changer le monde pour un mieux, véritablement et pas que sur le papier. Et pour changer le monde, à plusieurs ça marche mieux ! Si vous souhaitez donc collaborer d’une manière ou d’une autre et de façon bénévole, par exemple en nous aidant à distribuer et faire connaître le journal, faites-nous signe!

  Kairos ne se perpétuera dans le temps qu’avec votre soutien, et que si vous le lisez.

Jean-Baptiste Godinot,
Pierre Lecrenier,
Alexandre Penasse.

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