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Dossier

Namur: la transition « Côté verre »

Eddie Van Hassel

Namur a dressé les plans d’un périmètre de remembrement urbain (PRU) qui articule deux gros projets dans le quartier de la gare. D’une part, le dé- ménagement de la gare routière sur la dalle qui recouvre la gare ferroviaire. D’autre part, la construction d’un centre commercial baptisé Côté Verre à la place de l’actuelle gare routière – qui a fait son temps – et du Parc Léopold qui le jouxte.

  Jusqu’il y a peu, le dossier a suivi son cours sans causer de vagues de protestations, malgré la planification d’un massacre à la tronçonneuse : celui des arbres majestueux et de grande valeur patrimoniale qui agrémentent l’endroit, un des deux espaces verts du centre-ville, avec le Parc Louise-Marie. Le promoteur privé Patric Huon (société City-Mall), qui possède dans ses cartons d’autres projets de centres commerciaux en Wallonie, s’est même risqué à parler de l’existence d’un large consensus chez les Namurois. Mais les choses sont en train de bouger. En juin dernier, un collectif de contestataires s’est constitué, rassemblant une association de défense du patrimoine, les sections locales des Amis de la Terre et du Mouvement politique des objecteurs de croissance, des membres de la Commission consultative d’aménagement du territoire et de la mobilité mécontents de voir leurs objections ignorées. Eux parlent plutôt de déni de démocratie et comptent bien provoquer le débat public dont ils déplorent l’absence. A quelques encablures du scrutin d’octobre, la rentrée s’annonce chahutée pour Ecolo, initiateur des projets, et ses partenaires MR-CDH de la majorité sortante qui a adopté le PRU lors de la dernière séance du Conseil communal. Le PS, lui, a voté contre pour des questions de forme, sans remettre en cause le fond du dossier.

  Arnaud Gavroy, tête de liste Ecolo et échevin de l’urbanisme, justifie le projet Côté Verre en ces termes : «Avec ses 20000 m² et 1000 places de parking, il a une taille raisonnable, comparé à ce qui se fait ailleurs ; situé à deux pas de la gare, donc aisément accessible par les transports en commun, il est de loin préférable à un méga-complexe sur les terres agricoles de Bouge et prévient le risque d’une telle implantation. » Et à ceux qui disent ne vouloir ni l’un ni l’autre parce qu’ils estiment que l’offre commerciale est amplement suffisante sur le territoire de la commune, Ecolo rétorque par la voix de Georges Balon Perin, chargé d’aller à la rencontre des récalcitrants qui ont entamé des actions de terrain : «On ne peut pas empêcher la venue d’un centre commercial à Namur, c’est l’économie qui veut ça. »(1) Pour les objecteurs de croissance, cet argument illustre parfaitement la (l’im-)posture d’Ecolo, réduits à la politique du moindre mal en relayant le discours fataliste de la droite sur la nature de l’économie.

  Dans ce contexte, certaines priorités de leur programme électoral sonnent drôlement faux: «Nous voulons que Namur devienne la ville la plus verte de Wallonie, qu’elle partage et sécurise ses espaces publics. » Vouloir le partage des espaces publics en privatisant une partie de ceux-ci ? Vouloir le verdissement d’une ville en liquidant des platanes centenaires ? Ecolo se défend en exposant son projet de ceinture verte – un schéma de plantations le long des boulevards périphériques – et le grand potentiel d’espaces publics du centre-ville. Mais aux yeux des défenseurs du parc Léopold, ces vagues promesses ne compenseront pas la destruction d’un square magnifiquement arboré pour y bâtir un temple de la consommation, fût-il appelé Côté Verre.

  Eddie Van Hassel

 

 

  1. Propos tenus le samedi 23 juin au Parc Léopold, jour où les indignés de Namur avaient organisé une manifestation-pique-nique.

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