Kairos, journal antiproductiviste pour une société décente

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Le journal Kairos est-il antisémite ?

Alexandre Penasse

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Les sionistes confondant sciemment antisionisme et antisémitisme voient dans toute critique d’une chose ou personne liée de près ou de loin à l’identité juive, la preuve irréfutable d’une haine antisémite, les prémices d’une résurgence de la Shoah. Véritables obsessionnels, ils usent et abusent de cette formule rhétorique commune qui consiste à éviter de parler de la substance d’un propos en détournant l’attention sur la soi-disant intention cachée de l’auteur. Formule qui fait qu’à la fin, on ne sait au fond pas ou plus du tout de quoi traitait l’article incriminé.

En publiant dans le numéro de Kairos un article sur la librairie Filigranes (Bienvenue en "Filigranie")et le management « moderne » de son patron, Marc Filipson - qui se revendique Juif -, il ne fut dès lors guère étonnant de voir Kairos « dans le viseur de la Ligue belge contre l’antisémitisme »(1) (LBCA), même si cet article n’avait strictement rien à voir avec la question juive.

La phrase suspecte (en gras) et son contexte :

(…) Le jour même « Zemmour fut introduit avec humour par Marc Filipson », au déjeuner-conférence du Cercle de Lorraine, réunissant patrons, noblesse, médias et politiques. Ce n’est pas un problème si l’invité déclarait que les « musulmans dans le peuple français nous conduira (sic) au chaos et à la guerre civile ». Après cela, il fut tout de même invité à venir manger la galette des rois chez Filigranes en conviant la presse, alors même que la librairie avait reçu des menaces et que les employés lui avaient demandé d’en tenir compte. Mais la cupidité, ou l’âme commerçante, a tout de même ses limites, et on se demanderait s’il n’y a pas là quelques prédilections pour la Kippa plutôt que la Burka. Zemmour donc, mais pas Dieudonné.

Le président de la ligue, Joël Rubinfeld, ne tarda pas à réagir : « Pourquoi évoquer la confession de quelqu’un alors que l’on parle de management ? Ça arrive comme un cheveu dans la soupe. C’est suspect. On insiste sur le fait que M. Filipson aime vendre, ça rappelle le champ sémantique du juif et de l’argent, qu’on retrouve dans l’extrême gauche ». Certes, quand on est cofondateur de l’Atlantis Institute - présidé à l’époque par Corentin de Salle, directeur actuel du centre Jean Gol, bureau d’étude du Mouvement réformateur (MR) -, think tanks ultra-conservateur qui promeut la soumission aux États-Unis et le libre-échange, il vaut mieux brandir l’épouvantail de l’antisémitisme dès lors qu’on pourfend les techniques modernes de management, dont raffolent les ultra-libéraux. La loi de Godwin(2) est donc là pour éviter de parler de ce qu’on considère comme allant de soi (l’ultralibéralisme, dont l'inégalité et l'injustice lui sont consubstantielles).

Question de religion ou d’injustice ?

Premièrement, il faut souligner que ce n’est pas la confession que convoquent nos propos, mais la différence de traitement. On rappellera ainsi par la même occasion à Joël Rubinfeld que l’indignation ne devrait pas être sélective, et que devant certains méfaits dénoncés dans la presse il faudrait s’outrer qu’on puisse y associer une identité religieuse ou ethnique (« L’arabe de service »), comme c’est pourtant courant. Secundo, puisque c’est du traitement différent dont on parle, il faudra dire comme l’islamophobie, inadmissible au même titre que l’antisémitisme, n’est-ce pas ? semble en général moins susciter l’indignation des défenseurs zélés de l’antiracisme.

Est-ce peut-être parce que derrière la qualification systématique d’antisémitisme, on évite de remettre en question la colonisation israélienne de la Palestine, les vols, massacres et déportations massives de la Naqba, il y a 70 ans ; les assassinats et violations de droits de l’homme actuels, les tirs des snipers de l’armée israélienne sur des manifestants sans défense pendant qu’on célébrait en grande pompe le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem ; les massacres du peuple enfermé de Gaza ?

Peut-être est-ce sage dès lors d’écouter les paroles de Hajo Meyer, déporté en 1944 à Auschwitz, numéro « 179679 », dire : « “Si nous voulons rester vraiment des êtres humains, nous devons nous réveiller et appeler les sionistes par ce qu’ils sont : des criminels nazis”, disait Meyer. La haine des Juifs par les Allemands “était moins profondément enracinée que la haine des Palestiniens par les Juifs israéliens”, observait-il. “Le lavage de cerveau de la population juive d’Israël dure depuis plus de soixante ans. Ils ne peuvent pas voir un Palestinien comme un être humain” »(3).

Ni islamophobe ni antisémite. Lucide, juste opposé à l’oppression d’un peuple par un autre, refusant l’éradication en cours des Palestiniens, alors que la communauté internationale détourne le plus souvent le regard, pendant que les dénicheurs impénitents d’actes antisémites s’activent à rejeter toute critique d’Israël, au grand bénéfice de son œuvre coloniale, et donc du capitalisme destructeur.

 

 

  1.   11 juillet 2018, La Nouvelle Gazette. 
  2. « Au départ relative aux discussions sur des forums virtuels, la loi de Godwin peut s'appliquer à tout type de conversation ou débat ; l'un des interlocuteurs atteint le point Godwin lorsqu'il fait référence à un fait en lien avec la Shoah ou le nazisme alors que le sujet de départ ne s'y prêtait pas ». Wikipédia.
  3. If we want to stay really human beings, we must get up and call the Zionists what they are: Nazi criminals,’ Meyer said. The hate of the Jews by the Germans ‘was less deeply rooted than the hate of the Palestinians by the Israeli Jews,’ he observed. ‘The brainwashing of the Jewish Israeli populations is going on for over sixty years. They cannot see a Palestinian as a human being.’ https://electronicintifada.net/blogs/adri-nieuwhof/last-interview-auschw...

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